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Mayalen Zubillaga

Une ville face à son imaginaire : Marseille et ses immigrés dans les documentaires et magazines de reportages nationaux, 1975-2000 (résumé)

Maîtrise d’histoire contemporaine sous la direction de Bernard Cousin et de Maryline Crivello

Université de Provence, 2001.

Avec la collaboration de l’Inathèque de France et de l’INA Méditerranée.

Consultable à l’Inathèque de France (Paris), à l’INA Méditerranée (Marseille) et à la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme (MMSH, Aix-en-Provence).

Mémoire : 251 p. ; annexes : 180 p.

La ville de Marseille n’a cessé de se nourrir de ses propres légendes. Parmi celles-ci, la légende des origines puise dans l’union de Gyptis et Protis les racines d’un mythe sans cesse renouvelé : Marseille-cosmopolis, la ville-monde, terre d’accueil et de mélanges. Marseille est un mythe. Au sein de l’Hexagone et au cœur de l’espace méditerranéen qu’elle symbolise, elle est effectivement une ville-carrefour, un lieu de refuge et de transit. Mais parallèlement à cette histoire tangible s’est construit un imaginaire urbain puissant : elle apparaît en France, ailleurs, et souvent en son sein même, comme un port cosmopolite et bigarré et comme une porte qui s’ouvre, par la Méditerranée, sur l’Orient et l’Occident.

Or, parmi les médias, vecteurs les plus puissants des mythes contemporains, la télévision s’est affirmée, lors des dernières décennies, comme un révélateur incomparable des représentations collectives de nos sociétés. Notre étude consistait en une approche de la rencontre entre un espace urbain, Marseille, et un média, la télévision nationale, entre 1975 et 2000, dates respectives de la première et de la dernière des émissions sélectionnées à cet effet. Comment Marseille a-t-elle été montrée en tant que ville d’immigration par les documentaires et magazines de reportages nationaux ? Quelle vision les fragments télévisuels sélectionnés pour cette étude offrent-ils de Marseille et de ses immigrés ? Plus que des renseignements supplémentaires sur l’immigration à Marseille, nous avons cherché à saisir l’imaginaire télévisuel de Marseille par rapport à ses immigrés. A travers celui-ci, c’est une évolution de l’image de la ville elle-même qui s’est dessinée : le cosmopolitisme est tant attaché à Marseille qu’il en devient une évidence. Toujours perçue comme cosmopolite, exotique, originale, étrangère et lointaine à la France, Marseille a tour à tour été montrée comme le symbole sombre puis lumineux d’un phénomène propre à l’ensemble de l’Hexagone. Elle est sa ville-laboratoire. D’abord “miroir grossissant” du “problème immigré” et “mauvaise élève” de la France, elle est devenue, dans la deuxième moitié des années quatre-vingt-dix, l’emblème du multiculturalisme alors valorisé. Le double sens du mot “mosaïque” semble ainsi s’y épanouir : Marseille peut être la métaphore de ce qui sépare, mais aussi de ce qui unit ; elle est hantée par un imaginaire, celui de ville cosmopolite, mais aussi par des imaginaires, toujours reconstruits par le cheminement des discours télévisuels.

1975 : nous entrons, au sein de notre corpus, au sein d’une première phase télévisuelle qui, jusqu’au milieu des années quatre-vingt-dix, donne à voir une image de Marseille relativement noire. Dans des émissions voulant traiter du thème générique de l’immigration, Marseille est montrée de manière fermée, oppositionnelle et communautariste. Le “creuset marseillais” signifie alors juxtaposition et opposition entre populations. La télévision, dans une approche le plus souvent dénonciative de ce qu’elle décrit, montre une ville troublée par le racisme et par la “mal vie”  des immigrés du Maghreb et de leurs descendants. Comme se plaisent à le rappeler certains commentateurs et les Marseillais eux-mêmes, Marseille ou la mauvaise réputation, c’est cela, aussi, le mythe du grand port du Sud de la France.

1994-2000 : Marseille s’individualise, télévisuellement parlant. Les émissions s’intéressent à elle, à son “expérience du monde”. Dans une vision parfois angélisée, parfois nuancée, l’image de la ville et de ses immigrés change du tout au tout : évoquée en termes de confluences, de partages et de projets communs, Marseille est désormais le symbole de la réconciliation possible ou effective entre les deux rives de la Méditerranée. Les manifestations culturelles et artistiques qui y ont lieu sont alors mises en avant comme les fruits et les ciments de sa mixité, ou encore comme les moyens d’exorciser ses vieux démons. A travers elles comme à travers les associations d’aide aux immigrés, Marseille n’est plus synonyme de rejet, mais objet d’identification. Elle est aussi, selon ce joli titre d’un documentaire d’Arte, le “melting potes”  que l’on donne en modèle à la France.

Marseille reste ainsi une cité d’excès. On a beau dire que l’imagerie pagnolesque disparaît peu à peu, l’un de ses aspects demeure : l’exagération. Que Marseille soit sombre ou lumineuse, elle est toujours une ville-symbole. Qu’elle représente les difficultés de l’immigration ou les richesses des métissages, elle est toujours “plus” que les autres villes. Marseille exagère, et c’est peut-être cela son fatum de cité antique et tragédienne. Elle n’est pas seulement une ville imaginaire et imaginée : elle est une ville face à son imaginaire.

Introduction. Fragments télévisuels : le petit écran comme écho du mythe du cosmopolitisme marseillais

Première partie. Panoramique sur un corpus

Deuxième partie. Être immigré ou descendant d’immigré à Marseille de 1975 à 1994 : la “mal vie”

Troisième partie. Être “immigré marseillais” ou Marseillais d'origine immigrée de 1994 à 2000 : Marseille “melting potes”

Conclusion. L’imaginaire de Marseille : son “fatum’’ ?

Cette recherche s’appuie sur l’analyse d’un corpus de 32 documentaires et reportages issus de magazines d’information, diffusés sur le réseau national hertzien entre 1975 et 2000. Ces émissions vont de Mise au point, “Problèmes racistes dans le Sud” (série documentaire en trois parties, FR3, janvier 1975) à Tellement Marseille (Canal Plus, 16/10/1999  pour la 1ère diffusion), en passant par La Mal Vie, de Daniel Karlin (Antenne 2, 26/11/1978), ou encore par les célèbres et controversés Carnets de route de Christine Ockrent (Antenne 2, 27/02/1990).

Pour citer cet article :

Zubillaga, Mayalen. "Une ville face à son imaginaire : Marseille et ses immigrés dans les documentaires et magazines de reportages nationaux, 1975-2000 (résumé)". Imageson.org, 26 janvier 2005 [En ligne]
http://www.imageson.org/document83.html
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