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Agnès Camus-Vigué

Imaginaire du forum et logiques de l’écrit dans les débats virtuels

Communication présentée lors du colloque Les écritures d’écran : histoire, pratiques et espaces sur le Web, mercredi 18 et jeudi 19 mai 2005, Aix-en-Provence, Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme.

Dans les journées d’études et colloques consacrés à la « société de l’information », il est parfois fait mention de la notion de « bien informationnel ». Michel Gensollen, qui utilise ce terme dans son article sur « l’économie non rivale et les communautés d’information », en donne la définition suivante : « les biens informationnels ne se détruisent pas quand on les consomme. Ils sont directement utiles à leur producteur. Par exemple, lorsqu’un professeur met en ligne son matériel pédagogique, cela ne nuit en rien à son enseignement mais peut économiser du travail à tous ceux qui ont une tâche analogue à réaliser »1 . Ainsi le fait que certains biens de type immatériel comme le savoir ou les concepts pourraient être diffusés sans que celui qui les transmet soit privé de leur jouissance, favoriserait la distribution des connaissances2. A partir de données recueillies lors du colloque virtuel « text-e3 »,  je voudrais montrer que cette vision d’un bien commun informationnel, probablement en partie nourrie par un imaginaire d’Internet4,  trouve certaines limites lorsqu’on observe des modalités concrètes d’interaction sur le web.  Ainsi, dans le forum « text-e », pourtant orienté vers l’échange et le partage des connaissances, les participants ont transporté sur le Web leurs habitudes, leurs valeurs et surtout une symbolique de l’écrit peu compatible avec des pratiques distributives en matière de savoir.  Loin de converger vers un bien commun informationnel, ces professionnels du texte se sont engagé  dans une sorte de championnat intellectuel de haut niveau qui les conduisaient à écrire des textes extrêmement élaborés -  « bétonnés » nous confiaient-ils au cours des entretiens - selon les normes en vigueur dans le milieu universitaire. Si ces participants souhaitaient effectivement débattre de problèmes communs, ils ne pouvaient le faire que selon certaines modalités garantissant  les formes de circulation et de réception de leurs textes. Autrement dit, face à un dispositif de « colloque virtuel », dont les organisateurs avaient pu penser qu’il supprimerait  des obstacles au débat et à la communication – spatiaux et temporels notamment - les participants ont réintroduit des contraintes d’ordre pragmatique qui ont eu des  effets inhibiteurs sur le débat.

Le texte intégral de cette communication sera publié après le colloque.

Notes de bas de page :

1 Michel Gensollen, » Economie non rivale et communautés d’information », Réseaux n°124 p. 193
2 Cette conception du « bien informationnel » trouve sans doute son articulation théorique dans les travaux de Keneth Arrow, qui est à l’origine d’une première conception économique de la connaissance. Cette conception insiste sur les propriètés qui font de la connaissance un bien économique particulier et notamment sur le fait  que la connaissance est un bien non rival, c’est-à-dire qu’il ne se détruit pas dans l’usage. Arrow K, 1962, « Economic Welfare and the Allocation of Resources for Invention », the Rate and Direction of Inventive Activity, Nelson R., ed Princeton University Press.
3 Agnès Camus-Vigué et Françoise Gaudet,  2004, « Un colloque sur le web, une règle du jeu à inventer ? » , Réseaux, vol. 22, n°124  
4 P. Flichy, 2001, L’imaginaire d’internet, Paris, La Découverte

Pour citer cet article :

Camus-Vigué, Agnès. "Imaginaire du forum et logiques de l’écrit dans les débats virtuels". Imageson.org, 21 avril 2005 [En ligne]
http://www.imageson.org/document662.html
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