Communication présentée lors du colloque Les écritures d’écran : histoire, pratiques et espaces sur le Web, mercredi 18 et jeudi 19 mai 2005, Aix-en-Provence, Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme.
Un essai vidéo écrit et réalisé par Reine Mitri
Titre Original (Espagnol) : Querido
Titre Français : Cher
Titre Anglais : Dearest
Pays: Liban
Date de production: 2003
Durée : 17 minutes
Format original : mini DV
Langage : Français, Anglais, Espagnol, Italien
Écriture et réalisation : Reine Mitri
Caméra : Rami Sabbagh
Montage image: Reine Mitri
Mixage son & Effets vidéo: Bissan Qumsieh
Post production : Solo Films
Performance : Dania Hammoud
Narration : Dania Hammoud, Rami Sabbagh, Hanin Ghaddar, Nadim Zakhia
Tous les jours on accourt pour voir notre courrier électronique en attendant de nouveaux messages. On reste pendant des heures devant l’ordinateur à lire et écrire des lettres.
Chacun de nous est dans son petit coin du monde ; des fois on se retrouve pour vivre un moment unique ensemble. Malgré la distance – entre Mexico, Téhéran, Beyrouth, Santiago et Paris – on arrive à être “connectés”. S’il n’y a pas de moyen pour garder tous ceux qu’on aime à côté de nous tout le temps, peut-être le meilleur moyen de rester réunis (pour toujours ??) serait dans un film.
« Querido » est une « lettre / vidéo » sur la correspondance, la notion du temps individuel, la distance, les relations, la mort, et le cinéma.
80% des images de Querido sont filmées à travers l’écran de l’ordinateur. C’est une alternation de photos qui passent sur scanner, ainsi que des photos digitales et des textes d’email.
Partant de cette question principale – « si je meurs un jour, personne ne pourra lire mes emails, et mes amis partout dans le monde, comment vont-ils savoir que je suis mort ? » –, Querido est une réflexion sur l’idée du temps individuel, la phobie de la mort, les relations à distance, l’amour, la correspondance par email, ce qui resterait des traces de l’individu après sa mort, et enfin le cinéma qui serai peut-être la réponse à tout ?
Le film est divisé en 3 parties :
Existing in time & space : being here & everywhere
Reconstructing a moment
The imprinted time
Querido contient plusieurs langues (français, anglais, espagnol, italien, persan, chinois, yougoslave) et il n’est pas supposé être sous-titré (surtout la troisième partie où les textes qu’on entend sont des extraits de films et où l’intention est de reproduire un son qui rappellerait une projection dans une petite salle de ciné-club). Le choix de ne pas sous-titrer ce film part d’un esprit d’universalisme ; l’idée principale est exprimée en anglais, puis les différentes lectures et extraits de films sont en différentes langues. Une fois que cette idée principale est comprise, le reste du film devient une série de références auditives et visuelles qui feront appel chez le spectateur à des expériences vécues et des émotions qui remontent à la surface. Peu importe que le spectateur sache qui sont ces personnes dans les photos qui ressemblent à des cartes postale ou un album de famille ; s’il est sensible à la poésie des moments captés, ces personnages deviennent pour lui universels.
La réalisation de Querido est aussi une expérimentation sur les possibilités de l’image vidéo digitale : re-filmer les photos qui passent sur scanner à travers l’écran de l’ordinateur, reconstruire les images, décomposer et recomposer les moments.
Le style épistolaire du film adapté à ce nouveau moyen de communication - l’email - est une réflexion contemporaine sur le concept du temps individuel et de l’espace personnel. Le cinéma incorporé dans cet essai vidéo est un même temps la recherche d’une poésie perdue et de l’immortalité fantasmée.
En sa conception, sa forme, ses questionnements et ses trébuchements, « Querido » est une existence vulnérable, tout comme la vulnérabilité des existences qu’il assemble.
Réalisatrice