Communication présentée lors du colloque Les écritures d’écran : histoire, pratiques et espaces sur le Web, mercredi 18 et jeudi 19 mai 2005, Aix-en-Provence, Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme.
Depuis quelques mois, les médias écrits comme audiovisuels consacrent des pages ou des émissions entières au « phénomène des blogs ». Et par une étrange mise en abyme1, est notamment interrogée l’idée selon laquelle les blogs constitueraient un nouveau terrain pour le journalisme. Certains ont déjà répondu de façon autant tranchée que non distanciée à cette question ; faute d’un recul suffisant, nous nous garderons bien ici de délivrer un verdict à ce sujet et choisirons plutôt de prendre cette interrogation comme objet.
Chercher à savoir si « les blogs, c’est du journalisme » est en effet révélateur à double titre. Cette interrogation témoigne tout d’abord de la difficulté habituelle à appréhender un dispositif récent (le blog), dont le cadre socio-technique n’est pas stabilisé et les usages encore relativement indéterminés2. Mais la récurrence de cette question est aussi riche de sens en ce qu’elle suppose une remise en cause des frontières établies du journalisme.
Un détour socio-historique permettra dans un premier temps de rappeler que le journalisme est une activité dont la définition sociale a largement évolué au cours du temps3. Et que ses configurations successives peuvent se retrouver, aménagées, dans les différentes formules de blogs. Ainsi du journalisme de commentaire, hérité des origines littéraires et politiques, dont les genres rois de la critique et de la chronique connaissent une nouvelle vigueur avec les blogs de l’Internet « alternatif »4. Ainsi du journalisme moderne, fondé sur la quête du fait et sa diffusion collective, dont l’Internet démultiplierait les lieux en même temps qu’il ravive le fantasme d’une information « brute » et instantanée. Ainsi enfin des formes les plus contemporaines du journalisme, dont l’intégration à un espace de communication amplifié5 pourrait trouver une traduction dans la médiatisation d’expressions individuelles : le développement emblématique des Skyblogs illustrerait alors cette hypothèse.
Faut-il déduire de cet inventaire que le blog revitalise globalement le journalisme, en réhabilitant l’échange public des opinions, en desserrant le carcan des médias de masse, et en facilitant les prises de parole ? Cela reviendrait à céder en grande partie aux discours idéologiques qui accompagnent toujours les « nouvelles technologies ». Une analyse plus juste consiste à croiser ces potentialités des TIC avec les multiples facteurs, sociaux, économiques, politiques, qui conditionnent et structurent leur déploiement.
Dans cette perspective, on peut raisonnablement estimer que la situation actuelle des blogs ne présume pas forcément de sa pérennité. Des recherches portant sur des objets voisins, mais dont l’antériorité procure aujourd’hui une compréhension plus lucide, enseignent par exemple que le cadre non-marchand des webradios a difficilement résisté à l’épreuve du temps6, ou encore que le modèle « altermédiatique » des webzines s’est lui aussi heurté aux logiques dominantes des industries culturelles et informationnelles7.
S’il incite à la prudence, ce retour d’expériences plutôt négatif ne signifie bien évidemment pas que les blogs connaîtront automatiquement le même sort. Surtout, il doit être pris en considération pour faire progresser la réflexion à deux niveaux. Tout d’abord, en retenant des tentatives avortées des webradios, ou des webzines, qu’elles peuvent aussi former des lieux d’élaboration de nouveaux modèles médiatiques sur un long terme, auquel participent également les blogs8. Plus spécifiquement aussi, parce que les questionnements actuels autour des blogs s’inscrivent dans la lignée des précédents, et constituent en cela les symptômes d’une possible évolution de la perception du journalisme.
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Université Lyon II