Communication présentée lors du colloque Les écritures d’écran : histoire, pratiques et espaces sur le Web, mercredi 18 et jeudi 19 mai 2005, Aix-en-Provence, Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme.
Attisé par la simplicité et la rapidité d’instruments sans cesse perfectionnés, il s’est rallumé, ce désir d’écrire que le cérémonial de l’encre et du papier, les contraintes formelles, les lenteurs postales et la crainte des indiscrétions avaient peu à peu éteint. Je serais même tenté de dire que le désir de correspondre est, par les moyens nouveaux, en train de donner une forme indéfinie mais plus humaine, plus singulière et plus intime au besoin de communiquer. C’est sans doute que, dans notre société en proie à des inquiétudes et à des contradictions, de multiples signes et indices le montrent, se manifeste une volonté d’affirmer sa présence par crainte d’être enseveli dans le linceul de l’oubli. Écrire serait dès lors une manière d’échapper à ce danger. Et faute de pouvoir écrire des livres – ce qui n’est pas donné à tout le monde mais parfois est offert à certains de manière imméritée (que de livres scandaleusement inutiles !) – on écrit, on s’écrit. Des mots, des billets, des lettres. Comme si cela procédait de la cure, de la guérison et du plaisir.
Pourquoi, en même temps, cet intérêt pour les recueils de lettres, sinon parce que la lecture des correspondances permettrait, par une attentive effraction, d’entrevoir des vérités que la fiction est soupçonnée de travestir. Par les lettres, on pénètre en effet dans le territoire d’une vérité non pas objective mais conforme aux perceptions, aux sensations et aux sentiments de ceux qui les échangent. Flamboyante ou douloureuse, pastorale ou luciférienne, c’est la vraie vie qui s’y déploie.
Le texte intégral de cette communication sera publié après le colloque.
Écrivain et fondateur des éditions Actes Sud