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Edition scientifiques, images, sons, médias en Méditerranée

Revue électronique, usages et pratiques en sciences humaines et sociales

15 juin 2000, Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme

9h-12h, salle Georges Duby

MMSH - 5 rue du Château de l'Horloge - BP 647 - 13094 Aix-en-Provence

Tél. : 04 42 52 42 77/68 ­ fax : 04 42 52 43 75

Modératrices : Maryline Crivello, Kate Midley, Véronique Ginouvès

Dès le début des années 90 le monde de la recherche a créé les prémices de l’édition électronique en HTML, la facilité d’accès au World Wibe Web a modifié le paysage de l’édition scientifique et la "revue papier" a vu apparaître à ses côtés une "revue électronique" qui est en train de trouver son audience et son lectorat. Dans cette dynamique, on observe pourtant que les chercheurs en sciences humaines et sociales, à la différence des "sciences dures", utilisent encore peu ces technologies dans leurs pratiques de publication. Cette journée a pour but de préciser le rôle et l'impact de l’édition électronique pour l'échange de l'information scientifique en tentant de répondre à des interrogations multiples : quels bouleversements entraînent l’édition électronique du point de vue de l’écriture, de la lecture et de la diffusion ? Ecrire sur le Web, implique-t-il des compétences techniques particulières ? Quel rayonnement offre ce type d’édition ? A quoi ressemble le paysage actuel des revues électroniques ? Comment se pose le problème des droits d’auteurs sur ces supports ? Quelle relation établir entre revue papier et revue électronique ?

9h - Accueil

9h30 - Interventions

Modératrice Maryline Crivello (UMR TELEMME)

Les sciences physiques connaissent une pratique déjà longue des bases de données et des revues électroniques. Intervention de Marc Knecht, Centre de Physique Théorique, CNRS Luminy et diffusion d’un texte de M. de Franck Laloë (Professeur de physique, Ecole normale supérieure, Paris) chargé de mettre en place au CNRS une Unité de Service qui aura pour mission d'aider les chercheurs à utiliser d’avantage les moyens de diffusion électroniques.

L'enjeu des formats n'est pas toujours perçu par les utilisateurs, c'est pourtant la structuration des données qui va conditionner leur accès et leur recherche. Intervention de Jean-Pierre Dalbéra, chef de la Mission de la Recherche et de la Technologie au Ministère de la Culture.

Depuis plusieurs années, est menée sur le Web, une expérience originale de revue électronique : Léonardo. Intervention de Roger F. Malina, Directeur du laboratoire d’Astrophysique de Marseille, Président de l’association Leonardo.

14h - Débats et présentations

Modératrices Kate Midgley (DRAC PACA) et Véronique Ginouvès (MMSH)

Le texte électronique et l’écriture du chercheur : Patrice Arcelin (CCJ), Jacques Guilhaumou (chercheur associé UMR TELEMME), Solange Poulet, ethnologue, co-rédactrice du numéro Multimédias et recherche de la revue Xoana.

Le numérique au secours du papier : Réflexion et pratiques d’un historien dans le monde de l’édition en France, Marin Dacos (Université Lumière, Lyon II).

Quatre revues électroniques en Provence

Clio en Afrique (présentée par Jacky Bouju, SHADYC)

http://www.up.univ-mrs.fr/~wclio-af/index.html

La REMMM (présentée par Jean-Christophe Peyssard et Sylvie Denoix, IREMAM)

http://remmm.mmsh.univ-aix.fr

La Revue internationale des sciences du sport et de l’éducation physique (présentée par Jean Lorant, Université de Nice)

http://www.unice.fr/ufrstaps

Une revue en gestation celle du Pôle images, sons, recherches en sciences humaines (présentée par Christophe Moine, chercheur associé au laboratoire SHADYC).

Patrice Arcelin arcelin@club-internet.fr

Jacky Bouju bouju@ehess.cnrs-mrs.fr

Maryline Crivello crivello@mmsh.univ-aix.fr

Marin Dacos marin.dacos@univ-avignon.fr

Jean-Pierre Dalbera jean-pierre.dalbera@culture.gouv.fr

Marie-Josée Ferriz ferriz@mmsh.univ-aix.fr

Jacques Guilhaumou jacques.guilhaumou@newsup.univ-mrs.fr

Véronique Ginouvès ginouves@mmsh.univ-aix.fr

Marc Knecht knecht@cpt.univ-mrs.fr

Franck Laloë laloe@physique.ens.fr

Jean Lorant Jean.Lorant@wanadoo.fr

Kate Midgley kate.midgley@culture.gouv.fr

Jean-Christophe Moine jcmoine@club-internet.fr

Roger F. Malina roger.malina@astrsp-mrs.fr

Pierre Monteil monteil@mmsh.univ-aix.fr

Solange Poulet s-poulet@club-internet.fr

Jean-Christophe Peyssard peyssard@mmsh.univ-aix.fr

Franck Laloë - Projet d’un centre de service du CNRS de communication scientifique directe entre chercheurs

Depuis quelques années, une partie croissante de l’information scientifique spécialisée sur les travaux de recherche récents en physique, et maintenant en mathématiques, utilise un circuit direct de communication entre chercheurs; ce circuit fonctionne en parallèle et en amont du circuit de publication traditionnel des revues (dont la quasi totalité ont maintenant une version électronique disponible sur le web - mais la simple transposition des revues sur écran n’est pas notre propos dans ce document). Au moment où ils le souhaitent, en pratique souvent juste avant qu’ils ne soumettent le manuscrit à une revue classique, les chercheurs le téléchargent eux-mêmes sur une base de données mondiale, située à Los Alamos ; au bout de quelques heures, le document devient ainsi disponible dans le monde entier, gratuitement, sous plusieurs formats (tex, ps et pdf). Le système est sécurisé et stabilisé sur le plan technique par des filtres informatiques évolués vérifiant que les fichiers soient utilisables par tous et soient complets (figures, fichiers attachés, etc..) et déposant automatiquement des liens actifs (hypertex); des sites miroirs ont été mis en place dans le monde entier, et sont mis à jour toutes les 24 heures, ce qui améliore à la fois la rapidité et la robustesse du système contre des accidents. De plus en plus, les chercheurs prennent l’habitude de consulter les publications de leurs collègues via cette base de données universelle, car elle contient en un seul lieu toute l’information, a coup sûr beaucoup plus que toute revue isolée. C’est rapide, commode, cela permet d’emporter en voyage toutes ses références sous formes de listes de numéros de référence dans la base, etc.

Initialement, les éditeurs privés ont voulu imposer que les manuscrits soient retirés de cette base mondiale dès acceptation par une revue ; ils ont vite reculé lorsqu’ils se sont rendus compte qu’une telle exigence leur ferait perdre un grand nombre de leurs auteurs. C’est pourquoi, si on a parlé initialement d’une "base de preprints" (prétirages), ce n’est plus adapté puisque de très nombreuses publications s’accumulent dans la base, même si elles apparaissent également dans des journaux considérés comme prestigieux. Le taux de " soumission " actuel est de l’ordre de 2.500 par mois, en constante augmentation. Pour le moment, en gros la moitié de la physique apparaÓt sur la base, mais encore seulement une fraction nettement plus faible des maths et de l’économie. Plus de 10.000 consultations sont faites journellement, ce qui est évidemment bien plus que pour n’importe quel journal. Il s’agit donc bien maintenant du véhicule principal d’information scientifique récente en physique.

Il faut bien voir que l’existence d’une base unique mondiale n’est pas antinomique avec les structures traditionnelles. Une objection mille fois répétée se base sur l’idée fausse que l’évaluation intellectuelle des manuscrits par des rapporteurs (évaluation par les pairs), dont personne ne conteste l’utilité, deviendrait impossible. L’expérience a cependant déjà montré que c’est faux: comme les pairs en question, les lecteurs et les auteurs appartiennent en fait à la même communauté, rien n’empêche les chercheurs de mettre en œuvre une évaluation "par dessus" la base globale ; les méthodes d’évaluation envisageables deviennent en fait plus nombreuses (possibilités de commentaires, d’erratum, de liens entre articles, de liens vers des fichiers de données, etc.). De plus, les journaux les plus traditionnels peuvent s’en servir comme moyen de communications avec les rapporteurs; on peut même envisager des solutions plus radicales où ils ne seraient plus que des ensembles de "pointeurs" vers la base universelle. Les éditeurs peuvent également s’en servir comme base de "services à valeur ajoutée", en mettant au point des filtres intelligents, gratuits ou commerciaux. Enfin, l’unicité de la base rend plus aisés les problèmes de migration, lors des changements technologiques qui sont fréquents en informatique (les techniques sont analogues à la migration des catalogues des très grandes bibliothèques). Sur le plan purement commercial, il est intéressant de constater que le système cohabite pour le moment relativement pacifiquement avec celui des revues à abonnements, ces dernières tirant leurs revenus non pas directement des lecteurs mais des mille (environ) bibliothèques de physique dans le monde, qui n’abandonnent pas facilement les abonnements traditionnels (et pour de bonnes raisons!).

A long terme, le système de Los Alamos ne peut cependant garder la forme actuelle, où il dépend en gros d’un individu, quelle que soient ses qualités éminentes et son dévouement exceptionnel à l’intérêt général. Le système doit, pour durer des décennies ou plus, devenir la responsabilité d’une fédération internationale, garantie elle même par les fédérations internationales des sociétés savantes. Pour favoriser cette évolution, un peu semblable à celle du "Web Consortium", il faut que d’autres pays comme la France cessent d’être purement spectateurs, et acquièrent la compétence technique pour devenir des interlocuteurs valables ou même des acteurs essentiels.

Le CNRS a le projet de fonder une unité de service ayant cette mission. Elle devra participer au système international existant, s’y insérer, puis l’améliorer sur le plan technique (insertion de métadonnées, etc..), tout en oeuvrant à son intégration non seulement européenne mais aussi internationale. En aucun cas, il ne s’agit donc de chercher à favoriser les chercheurs français, mais de mieux les intégrer dans un système de communication global. Une autre mission du centre sera de mettre à profit la pluridisciplinarité du CNRS, une de ses grandes originalités par rapport aux agences de recherche américaines par exemple, pour tenter de commencer à faire diffuser ces techniques de communication directe entre chercheurs dans d’autres disciplines; ceci ne pourra se faire qu’en tenant compte des besoins spécifiques et des traditions intellectuelles de chaque discipline, et en partant des communautés de chercheurs les plus motivées. En particulier, il semble clair que le logiciel TEX utilisé par les physiciens et les matheux n’est probablement pas acceptable par les autres disciplines, de sorte qu’une question technique de définition de format se posera, qu’il faudra résoudre dans un contexte international.

Jean-Pierre Dalbéra - La numérisation du patrimoine culturel

Une intervention de Jean-Pierre Dalbéra (présentation au format powerpoint en annexes), chef de la Mission de la Recherche et de la Technologie au Ministère de la Culture :

Jacques Guilhaumou - Le texte électronique et l’écriture du chercheur : publier un e-livre

A la différence de nombre de mes collègues, je n’ai jamais éprouvé de réticences particulières dans l’usage de l’ordinateur personnel, puis du courrier électronique, enfin d’internet, à la nuance près qu’il convenait malgré tout de faire régulièrement l’effort d’apprentissage de nouveaux logiciels. Familiarisé avec l’informatique dès ma prime jeunesse - mon père travaillait en informatique chez IBM et a publié l’un des premiers lexiques de l’informatique en français -, j’ai eu aussi la chance de travailler, au moment de mon mémoire de maîtrise (1971), dans un laboratoire de statistique lexicale où l’on pratiquait ce que nous appelons aujourd’hui la lexicométrie à partir des moyens informatiques alors disponibles. J’ai toujours perçu l’ordinateur personnel, puis le document numérique comme des objets familiers de mon environnement de chercheur, tout en ne souhaitant pas, faute de temps,  approfondir plus avant leur réalité trop mouvante pour en connaître rapidement le détail.

C’est donc en tant qu’auteur, et rien de plus, que j’interviens présentement dans cette journée d’études. Certes je suis tout aussi intéressé par la question très actuelle de la constitution d’une page chercheur, soit sur le site de son laboratoire, soit chez un de ses éditeurs. Mais tel n’est pas aujourd’hui le contenu de mon propos.

L’opportunité de devenir auteur sur le web de ce que j’appelle un e-livre (pour le différencier du e-book) résulte d’une conjonction de facteurs personnels et de facteurs institutionnels. Je précise d’abord qu’il s’agit d’un e-livre publié antérieurement sous forme de livre classique en 1998.

Après avoir abandonné le long cheminement sur papier de l’écriture à la réécriture des résultats de mes recherches, j’ai connu une phase transitoire, au début des années 90,  où se combinaient une première écriture du papier, puis une transcription numérique, et enfin une réécriture en direct sur l’écran de l’ordinateur. Déjà, le gain de temps, par exemple, pour l’écriture d’un article, s’est avéré considérable: d’une quinzaine de jours, une fois les matériaux archivistiques et de réflexion rassemblés et partiellement numérisés, à quelques jours. L’écriture de mon e-livre sur La parole des sans correspond très précisément au moment où je suis « définitivement » passé à l’écriture en direct sur écran. Il est vrai que cet ouvrage a un statut particulier: il n’est pas issu de mes recherches usuelles, mais de mon journal de bord que je tiens régulièrement sur des cahiers et dans un ordre chronologique (il s’agit ainsi du dernier lieu où j’écris sur support papier). A la suite d’un intérêt marqué pour l’actualité française, plus précisément les mouvements sociaux de 1995 et des années suivantes, engagé au même moment dans une recherche collective avec des sociologues de la MMSH d’Aix sur les « récits de vie des « exclus » et sur les porte-parole des travailleurs en lutte dans la cité marseillaise, j’ai rédigé cet ouvrage en marge de mes chantiers principaux d’écriture, et selon des modalités différentes de mon écriture ordinaire de chercheur. Ce n’est donc pas un hasard si le support numérique s’est avéré en fin de compte particulièrement propice à la publication de cette écriture modifiée.

Publiant régulièrement des ouvrages depuis une dizaine d’années, je constate par ailleurs que la vente moyenne de mes ouvrages ne cesse de baisser d’une parution à l’autre, à l’égal d’ailleurs des ouvrages de sciences humaines et sociales en général. L’ouvrage sur La parole des sans, en dépit de son statut particulier, n’échappe pas à cette baisse préoccupante. J’étais donc tout à fait prêt à expérimenter une forme nouvelle de diffusion.

L’opportunité éditoriale est venue de mon éditeur, ENSéditions, résidant dans les locaux de l’ENS Fontenay/Saint-Cloud. Il se trouve que cette institution prestigieuse, dirigée actuellement par Sylvain Auroux, se délocalise le 1er septembre 2000 sur Lyon. A cette occasion, la direction et les enseignants chercheurs ont constitué ce que j’appelle un pôle de recherche numérique avec un personnel spécialisé sous la direction d’un ingénieur webmaster et d’une enseignant-chercheur, laboratoire qui devrait s’avérer comme l’un des secteurs les plus dynamiques de la recherche dans les nouveaux bâtiments « recherche » de l’ENS Lyon. Dans ce cadre, diverses expériences ont été élaborées, en particulier la publication de deux ouvrages électroniques.

C’est ainsi ENSéditions, par l’intermédiaire de sa directrice, Chantal Gillette, m’a proposé de publier mon livre sur le web, dans les mêmes conditions que pour la version préalable sur papier, c’est-à-dire principalement la gratuité. J’ai immédiatement accepté. Anne Roberti s’est chargée de la mise en page, et je saisis l’occasion de la remercier une nouvelle fois de la qualité de son travail. Cependant, la commission chargé de gérer ce type de publication a émis des réserves sur sa publication immédiate en toute liberté au sein de la toile. Je n’en connais pas les raisons. Ainsi, une fois disposé en pages HTML, l’ouvrage est demeuré presque un an en intranet, donc consultable par un nombre restreint de personnes. Il n’est disponible sur internet que depuis quelques mois.

Souhaitant continuer sur cette voie numérique pour la publication de l’un des mes prochains ouvrages, y compris sans passer par la publication papier préalable, je me suis posé, en tant qu’auteur, plusieurs questions dont je souhaite vous donner un aperçu.

Bien sûr, le premier problème est celui des droits d’auteur. Question complexe pour laquelle je n’ai évoqué avec mon éditeur, et à mon humble niveau, que la possibilité d’un pré-paiement, qui serait particulièrement la bienvenue pour couvrir les frais quotidiens et importants d’une recherche, en particulier les missions. Je laisserai ainsi le soin à l’éditeur, universitaire en l’occurrence, le soin de définir l’usage ultérieur de mon ouvrage sur le plan financier.

J’ai également entretenu une correspondance e-mail avec Catherine Lupovici, directrice du Département de la Bibliothèque numérique de la BnF, dont je tiens à souligner la disponibilité et la gentillesse à cette occasion. A ma première question sur le dépôt légal, elle m’a répondu que les ouvrages inédits qui se trouvent sur support CR-ROM pouvaient bénéficier du label Dépôt légal, à condition bien sûr que le CD soit  dupliqué en un certain nombre d’exemplaires, donc qu’il soit distribué en dehors du cadre familial. Le dépôt légal d’un e-livre demeure donc un problème.  Ma seconde question portait sur la possibilité d’un lien avec mon ouvrage au sein du circuit numérique de la BNF. Elle m’a répondu par des précisions techniques plutôt restrictives et m’a signalé l’importance des signets qui permettent des orientations vers une sélection d’autres sites. Enfin, j’avais également besoin d’informations relatives aux ouvrages disponibles sur Gallica, qui tend à devenir depuis quelques mois un accès  direct aux ouvrages de grande importance pour le chercheur, et que j’utilise conjointement avec mes interrogations sur Frantex, la base de données des textes français: je dispose ainsi d’une part d’interrogations sur les fréquences, les contextes, les concordances, etc. relatives à un ouvrage, d’autre part du texte linéaire en ligne, ce qui n’était pas le cas antérieurement avec la seule base Frantex.

Ma dernière remarque, en tant qu’auteur sur le Web, concerne la possibilité de disposer sur ce support des ouvrages de synthèse sur lesquels je travaille actuellement, dans mon domaine de spécialité, les langages de la Révolution française. Pour le moment l’éditeur du premier volume, paru en 1998, n’a pas répondu à ma demande. Pourtant, la mise à disposition numérique de ce type d’ouvrage pourrait me permettre de modifier régulièrement le contenu de certains chapitres, en fonction de l’avancée des recherches dans un domaine récent, donc très mouvant. D’autant plus qu’entre la publication du premier volume et la publication du « dernier », le laps de temps écoulé peut être important, de dix ans ou plus.

Nous pouvons disposer désormais d’ouvrages sous forme d’objets numériques d’une grande  souplesse d’utilisation. Il serait dommageable d’en freiner l’usage au nom de nos habitudes personnelles et de la rigidité des critères institutionnels d’évaluation des chercheurs. La multiplicité des tâches qui incombent aux membres de la communauté des chercheurs limite de plus en plus la disponibilité pour l’écriture « classique » d’ouvrages qui demeurent pourtant le résultat le plus tangible de la recherche en sciences humaines et sociales. En multipliant les possibilités de mise en oeuvre et de réception d’ouvrages sur les nouvelles recherches, le réseau, et tout particulièrement sous sa forme interactive, s’avère désormais un élément essentiel de l’environnement quotidien du chercheur, et constitue donc  une motivation d’avenir dans l’écriture de livres.

Solange Poulet - À propos des usages et pratiques du multimédia dans la recherche en Sciences Sociales

“Multimédia en recherche”  - Xoana n°6/7

Lorsque, dans les années 80, l'ordinateur et les logiciels de traitement de texte vinrent progressivement remplacer la machine à écrire, l'apparition de ce nouvel outil, plus performant, eut pour effet de rendre le chercheur plus autonome quant à la production de ses propres textes, en même temps que se marginalisaient ceux qui s'obstinaient dans le refus de la pratique du clavier pour l'écriture. Cependant, il ne s'agissait alors que d'un outil facilitant l'édition et l'écriture, et qui ne posait aucun problème de validation scientifique. Et à l'époque, c'était plutôt l'utilisation de l'image fixe ou animée, comme source et comme méthodologie pour la recherche, qui alimentait la controverse entre les chercheurs en sciences sociales.

Dans les années 90, l'émergence des nouvelles technologies multimédia vint donc renforcer, et surtout compliquer, le débat déjà engagé à propos de l'image, et qui pouvait se résumer ainsi : le discours et le raisonnement scientifiques allaient-ils légitimement se développer à partir de moyen d'écriture et de transmission autres que le stylo (ou l'imprimerie), et de supports autres que le papier, prolongement naturel, mémoire de l'intelligence humaine depuis des siècles ?

Il s’agissait en effet de la diversification des fonctions d'un outil déjà adopté par la plupart des chercheurs, l'ordinateur  : à travers ses capacités à inscrire et à lire des données numérisées autres que l'écriture, comme des images photographiques, du film de la vidéo, des sons ; et par ailleurs, par la capacité nouvelle offerte par ce même ordinateur d’une communication avec d'autres chercheurs, et d’un accès, en temps réel, à des banques de données dispersées sur toute la planète.

Or, ce passage de l'ère de Gutenberg à celle du tout numérique, et des cybernautes  naviguant dans le cybermonde, cet espace virtuel où les ordinateurs sont devenus des auxiliaires de plus en plus indispensables à la communication entre les hommes, fut sans doute plus difficilement assimilable par les chercheurs en sciences humaines que par ceux des sciences exactes qui, depuis longtemps, avaient recours à la robotique et à l'intelligence artificielle pour faire progresser leurs travaux. Si ces derniers s’étaient rapidement appropriés les nouvelles technologies comme des outils indispensables à la manipulation des données complexes ou à la mise en oeuvre de simulation, les chercheurs en sciences sociales furent nombreux, dans un premier temps, à se réfugier dans un débat d'idées où s’affrontaient partisans et opposants de ces nouveaux moyens : les “ partisans ” étant animés d'une "idéologie technicistes"  où la fascination pour la technique l'emportait, et les “ opposants ” assimilant ces technologies nouvelles, dans leurs effets supposés, à ceux des mass-média et de leurs effets d'appauvrissement et d'uniformisation de la culture et de la pensée .

Malgré la permanence de ces types d'attitude chez certains encore aujourd'hui, un accès plus large à ces nouveaux outils, en particulier avec la généralisation de l’utilisation du courrier électronique dans les laboratoires de recherche, a peu à peu amené à recentrer le débat sur la véritable question posée par le développement de ces nouvelles technologie, à savoir celle des usages et des pratiques.

Sans vouloir éviter le champ d'une réflexion prospective sur les transformations d'une société où les médias de masse (radio/télévision), anciennes "machines à communiquer" , seront progressivement doublés dans chaque foyer par des ordinateurs personnels, aptes à développer un nouveau système de communication décentralisé et délocalisé dans le cybermonde  , l'objectif des textes rassemblés dans ce numéros de Xoana  est  plutôt de donner le point de vue critique des chercheurs en tant qu'acteurs, c'est à dire créateurs ou utilisateurs des produits et des outils multimédias, et d'apporter des éléments à une réflexion sur les transformations, en cours ou à venir, dans les modalités de travail et de diffusion de la recherche.

Le débat est toujours largement ouvert quant à la généralisation ou non de l'utilisation de ces nouveaux moyens, et à la nécessité d'y avoir recours.

L'observatoire de la production multimédia qu'est devenu le Prix Mobius  met en évidence deux orientations : celle des partisans,  de l'utilisation des nouveaux supports numériques pour une "production substitutive de produits dérivés du livre, de la vidéocassette,  et des bases de données", et  celle des partisans de produits créatifs où les "possibilités liées à la navigation hypertexte et hypermédia" ouvrent une voie nouvelle à la pédagogie pour un nouvel accès au "partage des connaissances".

Mais, que ces nouveaux outils ajoutent des capacités à l'intelligence humaine doublée d'une mémoire artificielle, ou se mettent au service d'une idéologie de la "lutte contre les exclusions", les acteurs-utilisateurs sont d'abord, dans cette aventure, les acteurs d'une bataille économique où s'affrontent les intérêts des technologues et des commerciaux, constructeurs, producteurs, éditeurs, aux choix desquels ils se trouvent assujettis.

Il n'est qu'à considérer ces "conflits de normes" , entre machines, logiciels et système, aux quels sont soumis les utilisateurs de moyens informatiques, consommateurs privés ou institutionnels (bibliothèques, médiathèques, établissements scolaires ou universitaires) .

La question de la dépendance se pose, de manière plus fondamentale encore, si l'on s'interroge sur le rapport de chacun avec ces machines devenues des intermédiaires incontournables pour la production, la diffusion et l'accès aux connaissances.  Comment décrire la posture intellectuelle du chercheur face à la machine ?

La sémiologie de l'"écrit d'écran", proposé par Y. Jeanneret et E. Souchier  décrit cette "nouvelle économie des signes/écrit/image/son" où l' "acteur-scripteur" "agit la machine", tout en étant dépossédé d'un certain nombre d'actes physiques comme "tourner la page", remplacés par le recours à des "signes passeurs" ("paratexte"), de même qu'il ne  pourra écrire ou lire qu'en ayant recours aux opérateurs que sont les logiciels, et qui constituent "l'architexte". Ce n'est pas un outil qui est remplacé par un autre (la machine à écrire plutôt que la plume), c'est un rapport au monde différent qui se met en place . Y-a-t-il une "empreinte de l'ordinateur sur les modes de pensée des utilisateurs"  ? Si on la compare à celle de l'écrit, la culture de l'ordinateur, basée sur l'interaction avec la machine, impose-t-elle une attitude plus ou moins passive à l'utilisateur ?

L'apprentissage de cette nouvelle sémiologie ne crée aucune difficulté particulière aux jeunes générations habituées,  à partir des jeux, à ce type de contacts interactifs avec la machine : proposer une manipulation, en attendre le résultat. Mais qu'en est-il lorsque, au-delà du jeu, l'objectif est l'acquisition de connaissances. Comment l'usager va-t-il réussir à ordonner, hiérarchiser, les informations proposées dans un CD-Rom, ou dans le dédale des serveurs d'Internet ? Que va-t-il réussir à retenir, à mémoriser ?

Ces préoccupations parcourent nombre d'articles présentés dans ce numéro de Xoana, qu'il s'agisse d’ articles de réflexion, de récits d'expériences, ou de comptes rendus de consultation de CD-Rom.

Les applications de la technologie multimédia à la recherche en Sciences Sociales sont multiples ; forcément novatrices, elles suscitent les questions et critiques d'un outil encore expérimental. Du côté de la conception (fabrication, édition), comme du côté de la réception (lecture, consultation), et de  manière plus ou moins complexe suivant les projets et leurs objectifs, elles imposent en tout cas de s'adapter à des conditions nouvelles.

A propos de l'édition d'une revue scientifique, le cas de la revue CLIO   et celui de la revue STAPS  donnent deux états des possibilités offertes par le multimédia : celle de l'édition en ligne, choisie pour CLIO, une revue créée et mise à disposition uniquement sur le réseau ; et celle de la revue STAPS, éditée depuis plusieurs années sur support papier, et dont la collection est maintenant disponible sur CD-Rom, et accessible par ailleurs sur le Net. Deux situations qui posent des problèmes différents tant au niveau de la conception que de la diffusion. La revue CLIO est une revue "écrite" sur support interactif, tandis que pour la revue STAPS, il a fallu réfléchir à la mise en place de liens hypertextes et hypermédias et des interfaces et écrans d'une "table des matières" interactive, à partir d’une édition sur papier. Dans les deux cas cependant, se pose le problème de la diffusion : existe-t-il dans les milieux universitaires des équipement et structures de diffusion adaptés à ces nouveaux modes de consultation ? Quelles sont les réactions des milieux de la recherche et de l'enseignement face à ces nouvelles propositions d'édition et de consultation?

L'utilisation du multimédia reste encore dans une phase expérimentale, et les évaluations des CD-Rom restent rares. A. M Guimier-Sorbets  rend compte des résultats d'enquête effectuées sur la réception de CD-Rom d'art, édités en plusieurs langues, et qui mettent en évidence les difficultés spécifiques liées au support multimédia. La plupart des éditeurs font aujourd'hui le pari que la grande capacité de stockage de données de ces supports et la technique de navigation interactive appliquée à leur consultation, autorisent à viser en même temps plusieurs types de public, plusieurs catégories d'usagers. Mais les interfaces et les outils mis à la disposition des utilisateurs ne parviennent pas toujours à répondre à ces objectifs.

Hélène Ilbert  explique l'important travail réalisé au niveau de la conception d'un produit multimédia (CD-Rom, ou produit en ligne), pour aboutir à un résultat qui permette une nouvelle organisation des connaissances, en même temps qu'un nouveau mode d'accès au savoir. Une démarche intellectuelle que les enseignants proposent déjà à leurs étudiants : ainsi, dans certaines disciplines, comme l'histoire, où l'image (photo, vidéo, cinéma) avait déjà sa place, l'apprentissage du multimédia vient compléter une réflexion déjà engagée sur la valeur et l'interprétation des sources, et permet d'en rendre compte sur un support où l'image et l'écrit peuvent être confrontés .

Dépendance technique, dépendance économique, l'informatisation généralisée des procédures d'écriture, de lecture et de recherche, est cependant loin, sinon dans l'imaginaire d'un monde virtuel, de nous fournir les clefs d'un paradis démocratique où l’accès à la connaissance serait le même pour tous. Mais cet outil risque-t-il, plus que les autres, de menacer notre liberté d’écrire, de penser, de réfléchir ?

La fascination pour la technique a tendance à masquer les véritables enjeux  qui surgissent de cette technologie multimédia  et de ses outils qui ne seront, surtout en ce qui concerne la recherche en Sciences humaines, que ce que l'on décidera d'en faire : des outils au service de la recherche et de la transmission des connaissances, combinant des capacités de stockage de plus en plus grande à des modes d'accès ultra rapides alliés à des modes d'interrogation de plus en plus personnalisés et performant ; ou bien, de mauvais systèmes encyclopédiques imposant des cheminements obligatoires à un public passif devant une trop grande masse d'informations.

Nous espérons, à travers ce numéro, avoir montré que le multimédia n’est que la face visible de formidables outils de traitement des connaissances qui viennent tout juste d’émerger. Des outils qui ne sont pas sans danger, au sens où, si on les laissait aux mains des seuls technologue, ils pourraient entraîner un formatage de la pensée certainement comparable à celui que l’on avait pu craindre lors de la découverte de l’imprimerie. Comme nos ancêtres, nous sommes confrontés à la nécessité de pouvoir contrôler suffisamment le processus technique et commercial de l’édition et de la diffusion de nos documents. Et le logiciel à partir duquel tout un chacun pourrait, de manière autonome, écrire sur son ordinateur personnel en combinant texte, son, image n’est pas encore sur le marché ! Ainsi devrons nous rester encore vigilants pour ne pas risquer de perdre l’autonomie et la liberté que le traitement de texte par ordinateur nous a indéniablement apportée.

Marin Dacos - Réflexions et pratiques d’un historien sur l’édition électronique

Avertissement : Ce texte est constitué par des notes destinées à une présentation orale lors de la journée d'études sur l'édition électronique organisée par la Maison méditerranéenne des sciences humaines à Aix-en-Provence le 15 juin 2000. Une réflexion écrite portant en partie sur les mêmes thèmes sera publiée à l'automne 2000 en texte intégral sur le site de la Revue d'histoire du XIXe siècle en même temps que dans la revue papier.

URL : http://www.revues.org/rh19/

Avec l'avènement de la Publication assisté par ordinateur et le développement de méthodes d'impression proches de la photocopie, on aurait pu penser que l'édition scientifique en SHS baisserait ses coûts et atteindrait une phase de plénitude. C'est en partie vrai, puisque les coûts bruts de production ont baissé. Mais précisément à cause de ce changement, le nombre de périodiques n'a cessé d'augmenter. D'où une crise. Le modèle économique sur lequel reposait le système des revues sur papier est en passe de s'effondrer sur lui-même, du fait de la multiplication de l'offre alors que les capacités de paiement des abonnés sont limitées. C'est dans ce contexte que se produit le développement mondial de l'édition électronique grâce au développement d'Internet et du Web

I. Un réel besoin dans une situation de crise

Sur cet aspect, voir l'article publié par les Cahiers d'histoire :

http://www.revues.org/cahiers-histoire/1-1999/02-1-1999.html

A. Crise de l'édition scientifique

• Economiquement : crise.

• Cette situation a des conséquences scientifiques.

• Economiquement, pourtant, auteurs et lecteurs se confondent (ils paient donc pour lire leur production bénévole)

B. Utilité du support numérique

• Le support numérique propose d'énormes avantages face à la production papier

• Nous sommes dans une phase de transition : encore beaucoup d'inconnues

II. Pourtant, nous ne sommes pas prêts

Les initiatives se multiplient, ainsi que le signale le programme de cette journée. Cependant, comparativement à la masse de la production sur papier, le nombre de périodiques en lignes reste faible. Plus encore, c'est la façon dont sont produits une partie de ces périodiques qui pose problème.

A. Insuffisances de la présence

1- Des sites proposant très peu de contenu.

2- Des sites très mal référencés, donc difficiles à trouver.

3- Des sites n'exploitant pas le potentiel du web. Il s'agit souvent d'une publication web qui a la lourdeur et le rythme d'une publication papier

B. Réticences

1- Réticence technologique.

2- Réticence scientifique (crainte du plagiat).

3- Réticence "médiatique" (image de la toile dominée par l'image réductrice donnée par les médias).

4- Réticence économique : si on publie sur Internet, cela signifie que les revues vont perdre des abonnements.

Conclusion

• Peu de réalisation en SHS.

• La qualité fait souvent défaut.

• Les protagonistes ne sont pas toujours très favorables, ils sont parfois franchement hostiles

III. Comment ne pas entamer une révolution

Pour bien gérer la transition électronique, il faut éviter de la transformer en une révolution et tenter d'accompagner l'évolution en évitant une captation de l'héritage scientifique francophone par de grosses sociétés susceptibles de dénaturer le projet scientifique initial.

A. Assurer la transition papier - électronique

• L'existence sur papier d'une importante production de qualité ne peut être passée par pertes et profits. L'implication des revues classiques dans l'édition électronique est donc souhaitable

• A terme, il y aura sans doute deux grands ensembles de revues : celles qui auront abandonné le papier ou ne l'ayant jamais proposé et celles qui offriront deux versions (papier et électronique).

• On devine face à cette perspective un danger : la mise en place d'une édition à deux vitesses.

• D'où la nécessité de passerelles entre les deux univers et de maintenir l'ensemble des structures inventées pour le papier (dont la principale est bien entendu le comité de lecture). Outre le fait qu'il garantisse la qualité, la présence d'un comité de lecture permettra d'éviter une atomisation de la recherche par l'explosion incontrôlable du nombre de périodiques sur le modèle de l'autopublication.

B. La gratuité partielle, garante de professionnalisme

• Il me semble que la gratuité complète sera difficile à tenir :

1- parce que le modèle du "logiciel libre" (type GNU ou GPL) est plus difficile à faire pénétrer dans le monde de la recherche en sciences humaines et sociales où la notion d'auteur est primordiale.

2- parce que les subventions publiques ne sont pas garanties à l'échelle d'un programme de recherche mais à l'échelle d'une alternative politique.

3- surtout, parce que l'édition mérite mieux qu'un bénévolat amateur (l'aspect technique de l'édition en ligne ne peut être négligé).

• Il faut donc tenter  de mettre en place un paiement en ligne de façon à ne pas permettre une concurrence déloyale de l'électronique sur le papier

• Le passage à l'électronique est donc nécessaire... mais il risque de mener au pire des pires (Exemple de PROQUEST, base de données payante complètement fermée sur elle même).

1- Malgré les énormes moyens techniques mis en oeuvre pour la numérisation, il s'agit de reproductions de versions papier des revues.

2- Rien de ce qui fait la force d'Internet n'est présent : l'accès libre et aisé, l'indexation des pages par des moteurs extérieurs. Il s'agit d'une citadelle fermée qui va reconduire l'inégalité entre petites et grandes Universités, pays pauvres et pays riches.

• Ainsi, par effet de concentration, le regroupement des revues peut aboutir à l'inverse de l'effet souhaité : au lieu de faire des économies d'échelles, les grandes sociétés fournissant ces contenus peuvent à terme faire monter les prix et réaliser des bénéfices grâce à un travail réalisé bénévolement. Il suffit pour s'en convaincre de lire les articles américains sur le problème du prix des périodiques scientifiques devenus des affaires rentables aux mains de véritables entreprises éditoriales.

• La logique commerciale menace donc l'autonomie de la publication scientifique. Exemple de Yahoo.fr qui, contrairement à yahoo.com, refuse d'indexer dans son annuaire le site Virtual Library (le catalogue de signets réalisé par des universitaires).

S'impose donc une gratuité partielle : une importante quantité d'informations en lignes, accessibles via les moteurs de recherches classiques, auquel s'ajoute une partie du contenu qui soit payant. Pour des raisons évidentes, ce modèle ne peut pas encore être développé et ne pourra peut-être pas l'être avant des années

C. Développer une édition électronique au sens plein du terme

Trois exemples qui montrent tout ce qu'on peut tirer, en SHS, de l'utilisation du Web :

• Darnton : http://www.indiana.edu/~ahr/darnton

• Atlas du GRESH : http://barthes.ens.fr/atlasclio

• Dictionnaires d'autrefois : http://www.lib.uchicago.edu/efts/ARTFL/projects/dicos

Pour ces trois exemples, les conditions d'une réussite sont établies :

1- serveur et accès de qualité

2- personnel nombreux et compétent qui collabore à l'édition

3- utilisation des véritables potentialités du numérique

... nous atteignons une publication dont la transcription sur le papier devient impossible. C'est une édition électronique irréversible, même si on peut bien sûr la diffuser off line, grâce aux CD ROM.

Conclusion

On le voit, la publication électronique est nécessaire mais elle comporte des risques importants pouvant dénaturer la nature de l'information scientifique. Ce tournant n'est donc pas anodin et il serait aussi insensé de crier au loup que de fermer les yeux devant la nouvelle réalité qui s'ouvre à nous. Pour assurer son avenir, l'édition électronique doit inventer des principes de fonctionnement spécifiques en tenant compte d'enjeux nouveaux, d'ordre scientifique bien sûr, mais également technologique et économique.

Du même auteur, lire aussi :

• “Le numérique au secours du papier. L'avenir de l'information scientifique des historiens à l'heure des réseaux” (1999), paru dans Cahiers d'histoire, numéro 1999-1, http://ch.revues.org/document48.html (consulté le 31 janvier 2005)

• “Les lendemains électroniques de l'édition historique. Pour un nouveau modèle économique de publication périodique”, paru dans Revue d'histoire du XIXe siècle numéro 2000 20/21, http://rh19.revues.org/document218.html (consulté le 31 janvier 2005).

• “Prestige du papier et avenir du numérique. Recherches ruralistes et édition électronique en 1999”, paru dans Ruralia numéro 1999-04, http://ruralia.revues.org/document90.html (consulté le 31 janvier 2005).

Jacky Bouju - Publier sur Internet : quelques réflexions à propos de “l’écrit d’écran”

On assiste en ce moment à une révolution culturelle qui est toute proportion gardée aussi importante que celle du passage de l’oralité à l’écriture.  Le passage à “ l’écrit d’écran ” et aux autres ressources symboliques, telles que l’image numérisée puis travaillée et convertie en format  GIF ou JPEG, puis bientôt, le recours au livre électronique (se lit sur l’ordinateur) puis au livre universel grâce à l’encre électronique (l’écran ressemble à du papier et le texte peut changer à l’infini).

Tout cela est en train de modifier de façon radicale le mode de diffusion et de circulation des savoirs et des objets culturels

Sous cette forme, le savoir et la connaissance ont, de fait, acquis une souplesse de diffusion, de “ publication , beaucoup plus grande que ne le permettait l’imprimé 

=> progrès en termes de rapidité de communication et d’information.

La plupart des observateurs considèrent par ailleurs que le recours massif à l’image sur Internet est à même d’abolir les barrières des langues et les barrières des cultures particulières : il n’y aurait plus de frontière à la diffusion des idées !

Internet est, sans aucun doute, le medium ultime, celui par lequel le processus de mondialisation des sociétés et des cultures est en train de se parachever. 

Au cours de ce processus de nouvelles barrières et des hégémonies constitutives d’une société de classes internationale sont en train de se mettre en place!

1. La barrière des institutions de contrôle et de régulation du savoir.

Les institutions de contrôle et de légitimation du savoir, les éditeurs d’ouvrages et de revues scientifiques, les institutions savantes (Universités, laboratoires) sont demeurées longtemps extérieures à Internet et ont été, de ce fait, contournées par le Réseau

C’est pourquoi nous sommes en sciences humaines et sociales très, très en retard ! mais cette “ extériorité ”, qui se manifeste au mieux par une “ prudence frileuse ” au pire par du mépris, a ses raisons. En effet, la publication des résultats de la recherche sur Internet soulève de sérieuses controverses :

Elle met directement en cause les monopoles des institutions (nationales ou privées) de contrôle et de légitimation du savoir qui s’étaient lentement constitués au cours de l’Histoire. En particulier se pose, dans tous les domaines, le problème bien connu du copyright et des droits d’auteur du fait de la remise en cause

Mais il se pose aussi un problème plus profond quant à la structuration même du champ scientifique : 

Les problèmes sont posés. Le débat est engagé et les opinions font rage car l’enjeu est l’émergence d’un nouveau monde produit par une révolution culturelle comparable à celle qui de l’apparition de l’écriture (voir la multiplication des débats de qualité sur ce thème (Le Monde, le Nouvel Observateur de cette semaine y consacre un encart spécial).

2. Les barrières culturelles & politiques 

2.1. La communauté internationale de ceux qui veulent communiquer.

La “ magie ” d’Internet c’est que, dans le même mouvement de souris, à la fois

Á condition toutefois de lire et écrire la langue anglaise qui s’est imposé comme langue de communication universelle !

Quid de ceux qui dans ce vaste monde ne sont pas anglophones ? L’enjeu culturel et politique est immense !

Á CLIO, nous avons fait le choix d’être une revue d’histoire et d’anthropologie africaine s’adressant aux francophones du monde entier de ce fait, nous nous engageons de ce fait dans une certaine forme de résistance culturelle.

2.2. Reprendre l’initiative et la partager avec le “ Sud ”.

Internet manifeste toutes les ambivalences et les contradictions sociales qui s’y projettent : c’est un espace, à la fois élitiste et démocratique, local et global, qui se visite en solitaire mais créé des sentiments communautaires, qui est vecteur de modernisme tout en restant habité par les idées les plus réactionnaires2.

Les rapports de classe sont maintenant mondialisés et cette forme de résistance culturelle qui consiste à faire une revue en ligne en français est condamnée d’avance si nous ne nous allions pas avec les autres cultures dominées de la planète et pas seulement les francophones du Nord. Car Internet perpétue l’inégalité et la domination culturelles “ Nord-Sud ”. 

Ainsi, la plupart des informations culturelles sur l’Afrique est consultable sur des sites Internet construits par des gens du “ Nord ” et basés au “ Nord ” ;

La question, fort débattue, de l’égalité d’accès à la “ toile ” pour chacun est très loin d’être réalisée dans le monde ;

Surtout, le partage des fonctions de lecteur et de scripteur n’est pas du tout égal, car le maniement du réseau repose sur de nouvelles compétences :

Certains ont pu comparer le réseau internet à “ un gigantesque livre dont on vous ferait cadeau, mais à une condition : celle de vous acheter de nouvelles lunettes tous les deux ans. ”3. Car pour bien circuler sur Internet, il faut acheter de nouvelles machines et de nouveaux logiciels tous les deux ans.

En matière culturelle et scientifique, Internet reste donc massivement dominé par ceux qui en maîtrisent les outils et qui ont les moyens de les renouveler, à savoir, les pays du “ Nord ”. Si nous voulons nous engager dans la bataille de l’exception culturelle avec le désir de la gagner, alors il faut surtout coopérer avec les pays du sud.

Quelques pistes… pas d'exhaustivité

Un rapport, publié en juin 99 par les Presses de l'Université de Montréal, traite des questions essentielles de la publication en ligne: Le projet Erudit, un laboratoire québécois pour la publication et la diffusion électronique des revues universitaires. Rapport sur le projet pilote, rédigé par Gérard Boismenu, Martin Sévigny, Marie-Hélène Vézina et Guylaine Beadry, juin 1999, 260 p. Ce projet s'appuie sur une mise en pratique de ses directives et le site Erudit offre l'accès Internet à une dizaine de revues universitaires. Ce rapport peut être téléchargé au format PDF:

http://www.erudit.org/erudit/rapport/index.htm

Il y en a d'autres…

Dans un domaine plus large, on peut citer encore le rapport de Jean-Michel Salaün (GRESI - ENSSIB) et Alain Van Cuyck (ERSICO, Université Lyon 3) sur "Les usages et les besoins des documents numériques dans l'enseignement supérieur et la recherche", publié en octobre 1999. Le résumé du rapport final est accessible sur le site de l'ENSSIB

http://www.enssib.fr/bibliotheque/documents/travaux/docnum. html

A lire aussi l'article de Josette de la Vega et Annick Terrier L'internet: "un nouveau modèle de communication scientifique" (février 2000)

http://www.cnrs.fr/Cnrspresse/n381a1.htm

L'Urfist de Paris et l'Ecole nationale des Chartes se sont associés pour réaliser un dossier documentaire sur les revues numériques en sciences humaines et sociales. Ce dossier est une étude prospective organisée selon les 4 axes suivants:

http://www.ccr.jussieu.fr/urfist/revueshs/som.htm

Enfin, de plus en plus de mémoires d'étudiants en documentation portent sur les revues électroniques et sont accessibles en ligne. Pour n'en citer qu'un (recent et bien documenter), nous indiquons ici le diplヘme BBS (Association des Bibliothèques et Bibliothécaires Suisses) de Caroline Clément et Marc Bonvin soutenu en mars 2000, intitulé "Les périodiques électroniques en sciences humaines et sociales: analyse de l'offre et test de catalogage sur VTLS à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne-Dorigny"

http://www.unil.ch/BCU/recherch/l_art_bi.htm

La rubrique Economie du document du site de l'Ecole nationale Supérieure des Sciences de l'Information et des Bibliothèques (ENSSIB) renvoie vers de nombreux sites, publications et articles autour de la revue électronique.

http://www.enssib.fr/bibliotheque/ecodoc/cadre_ecodoc.html

Des outils pour repérer les revues en ligne...

Il existe des répertoires de revues en ligne, pas toujours spécialisés en SHS:

UNESCO : Social Science Online Periodicals (full text) - http://www.unesco.org/general/eng/infoserv/doc/journals/shs journals.html 

New Jour - http://gort.ucsd.edu/newjour

Certains sites fédérent des revues, sans que celles-ci soient pour autant toujours électroniques:

ACRS (Association canadienne des revues savantes) - http://www.ccsp.sfu.ca/calj/

Projet Erudit - http://www.erudit.org/erudit/revues.html

Revues.org - http://www.revues.org/

Les répertoires de revues, qu'elles soient électroniques ou qu'elles possèdent simplement des sites Internet, se multiplient:

Association Entr'revues - http://www.entrevues.org/fiches_revues/index.html

Elektronische Zeitschriftenbibliothek (Bibliothèque de revues électroniques) gérée par la bibliothèque universitaire de Regensburg - http://www.bibliothek.uni-regensburg.de/ezeit/fl.phtml

Istituto Universitario Orientale - http://www.iuo.it/webbiblio/riviste/Riviste_Inizio.htm

Répertoire réalisé par le Ministère des Affaires Etrangères (876 revues référencées dont certaines sont en ligne) - http://www.france.diplomatie.fr/culture/france/ressources/r evues/index.html

Revues de psychologie, de psychiatrie et de neurosciences http://www.psibo.unibo.it/eletrj.htm

Enfin, on trouve des outils créés par des documentalistes qui renvoient vers les sites des périodiques reçus dans leur établissement:

Revues de la BU de Lyon III - http://www-scd.univ-lyon3.fr/cgi-bin/listeper.asp

Centre Commun de Documentation de Lyon Science, Sciences-Po Paris - http://www.sciences-po.fr/docum/liens_doc/en_ligne.htm

En sciences humaines et sociales on trouve encore très peu de revues strictement électroniques. On peut citer quelques exemples de revues gratuites:

Arob@se, journal des lettres et sciences humaines - http://www.liane.net/arobase/

COMMposite, la revue électronique des jeunes chercheuses et chercheurs en communication - http://commposite.uqam.ca/

Electronic Journal of Sociology - http://www.sociology.org/frametoc.html

Journal of Arabic and Islamic Studies - http://www.uib.no/jais/jais.htm

Lenardo on-line - http://mitpress.mit.edu/e-journals/Leonardo/isast/journal/j ournal.html

Ensuite, les cas de figure sont multiples et souvent transitoires …

Quelques revues papier proposent l'intégralité de leur contenu en ligne:

Clio en Afrique - http://www.up.univ-mrs.fr/~wclio-af/index.html

Current Anthropology - http://www.journals.uchicago.edu/CA/

Hermès : revue critique - http://www.microtec.net/charro/index.html

Le médiéviste et l'ordinateur - http://irht.cnrs-orleans.fr/pages/medieviste.htm font face="Arial"

Certaines revues papier ne proposent qu'une partie de leur contenu en ligne:

La REMMM (Revue des Mondes Musulmans et de la Méditerranée) - http://remmm.mmsh.univ-aix.fr

Cahiers d'histoire - http://www.revues.org/cahiers-histoire/menu.html /p

D'autres proposent uniquement les sommaires:

Agone : philosophie, critique & littérature - http://www.lisez.com/agone/rub_revue.htm

Annales (HSS) - http://www.ehess.fr/editions/revues/annales/Accueil.html

Terrain - http://www.culture.gouv.f r/culture/mpe/mpe1.htm

Parmi elles, certaines proposent avec les sommaires en ligne, une recherche simple sur les numéros anciens:

Ethnologie française - http://www.culture.fr/sef/revue/ac_revue.htm

ou rendent accessibles les numéros épuisés :

Réseaux - http://www.enssib.fr/autres-sites/reseaux-cnet/

Face à la publication électronique le monde de l'édition a adopté plusieurs solutions. Certains éditeurs regroupent leurs revues, offrant ainsi un catalogue en ligne:

Editions Jean-Michel Place - http://www.jmplace.com/catalogue_revues.cfm

Il Mulino - http://www.mulino.it/index2.htm

Les éditeurs anglo-saxons proposent un accès en ligne gratuit accompagnant l'abonnement papier:

Arnold Publishers - http://www.arnoldpublishers.com/journals/JournTitles.htm

Blackwell Publishers - http://www.blackwellpublishers.co.uk/asp/listofj.asp /

Cambridge University Press - http://www.cup.org/

Kluwer Academic Publishers - http://www.wkap.nl/kaphtml.htm/ONLINEJOURNALS

Oxford University Press - http://www3.oup.co.uk/jnls/online/

Sage Publications - http://www.sagepub.co.uk

Taylor & Francis Group - http://www.tandf.co.uk/journals/default.html

Le groupe Taylor & Francis propose également une "Alerte aux revues" (Articles Research Alerting). Ce service intitulé Sara (Scholarly Articles Research Alerting) permet de recevoir sur sa messagerie électronique les sommaires d'une ou plusieurs revues, avant leur publication, regroupées en "clusters" thématiques - http://www.tandf.co.uk/books/de fault.html

Notes de bas de page :

1 Yves Jeanneret, juin-juillet 1998, “ Ce que l’écran change à l’écrit ”, Sciences Humaines,  N° hors série 21 : 36-37.
2 Yves Jeanneret, Ibidem.
3 Roberto di Cosmo, 2000, “ Une fable de Roberto di Cosmo ”, consultable à l’Atelier internet de l’Ecole Normale Supérieure de Paris, URL : http://elias.ens.fr/atelier/debats-et-CR/synt-25-4-97.html

Pour citer cet article :

"Revue électronique, usages et pratiques en sciences humaines et sociales". Imageson.org, 11 février 2005 [En ligne]
http://www.imageson.org/document474.html
N'oubliez pas d'indiquer á la suite de cette référence la date de votre consultation de la ressource en ligne.