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Edition scientifiques, images, sons, médias en Méditerranée

Mayalen Zubillaga

Une expérience originale : le Recueil d’articles électroniques

http://www.mmsh.univ-aix.fr/recueil/htmlaccueil/accueil.html

Le numérique porte en germe une évolution culturelle qu’il convient de penser de manière à en mesurer les conséquences, les risques et les possibilités, en sachant aussi, le cas échéant, être volontariste et pas seulement spectateur. La mise en place d’un recueil électronique par des chercheurs et bénévoles du Pôle Images-Sons de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme (MMSH) répond précisément à cette nécessité.

 Le Recueil se définit comme une expérience de mise en ligne d’articles de chercheurs déjà publiés par un éditeur scientifique “papier” – ce qui résout d’entrée le problème de la validation scientifique sur Internet – impliquant une réécriture spécifique. L’idée essentielle, selon ses concepteurs, est celle de la complémentarité : dans les réflexions qui ont prévalu à la mise en place du Recueil a émergé ce sentiment que les textes papier et électronique ne sont pas concurrents, mais complémentaires (http://www.mmsh.univ-aix.fr/recueil/htmlaccueil/presentation.html). L'objectif est de créer des liens entre des modalités éditoriales convergentes et non substitutives. L'écriture du texte du chercheur est repensée et formalisée en fonction du potentiel multimédia. Le texte est également enrichi par des documents cartographiques ou iconographiques.

Le chercheur qui partage l'espace éditorial du Recueil introduit dans son texte des valeurs ajoutées formelles, documentaires et esthétiques qui lui sont propres. Le Recueil n'est ni une revue électronique, ni une banque de données documentaires. Il est pensé pour être une collection partagée de documents habilement ouvragés. Le Recueil contribue à expérimenter une écriture multimédia collective en sciences humaines et élargie le champ de réception du travail des chercheurs et des éditeurs.

Maryline Crivello, Maître de conférences en histoire et coordinatrice du Pôle Images-Sons, lors de l’inauguration du Recueil, le 17 janvier 20021, indiquait que ce projet est né de la volonté de ce groupe de travail transversal à la MMSH de mener une réflexion sur l’édition électronique. Depuis 1999, en effet, les membres du Pôle souhaitaient orienter une partie de leurs travaux et de leurs réflexions vers les implications des outils multimédia sur les SHS, plus précisément sur les pratiques des chercheurs face au Web : comment écrire, en tant que chercheur, sur Internet ? Comment utiliser ce nouvel outil, au-delà de ce que permet le courrier électronique ? Surtout, comment utiliser les outils multimédias qui s’associent à l’écriture électronique ?

Deux journées de réflexion ont ainsi été organisées : l’une portait sur l’utilisation du multimédia en SHS (18 mai 1999), l’autre sur les revues électroniques (15 juin 2000). Un constat est né de ces réflexions : les chercheurs en sciences humaines étaient prêts à participer à des expériences sur Internet, mais à condition que cela ait un sens pour eux. Plusieurs soucis ont émergé :

Les acteurs du Pôle ont compris la nécessité de tenir compte de ces motivations. Dans un premier temps, ils ont pensé créer une revue électronique, mais ont vite réalisé qu’il s’agissait d’une structure trop lourde à gérer pour le Pôle, puisqu’elle nécessitait un comité éditorial et une périodicité. Une autre solution a donc été retenue : un recueil d’articles électroniques. Bernard Cousin, Professeur d’histoire moderne et Directeur des Publications de l’Université de Provence (PUP) était lui-même intéressé par cette question qui agitait l’ensemble des éditeurs. Pour lui, il ne fallait surtout pas déserter Internet, et il ne fallait pas non plus jouer la redondance entre le papier et le Web.

Ces volontés croisées ont débouché sur la proposition d’un partenariat initial entre les PUP et le Pôle Images-Sons. Seuls deux articles déjà publiés par les PUP seraient mis en ligne, car il s’agissait d’un travail long, complexe et coûteux – il fallait notamment obtenir l’autorisation de publier les images, avoir des photos de qualité, etc. On a choisi des textes courts, mieux adaptés à une lecture à l’écran. Le chercheur n’avait donc pas à fournir un travail supplémentaire au niveau de la recherche, puisque l’article était déjà écrit. De plus, il n’était pas nécessaire de constituer un comité éditorial dans la mesure où l’article avait déjà été publié par un éditeur traditionnel, ce qui assurait sa crédibilité scientifique. Cette idée a été développée au cours de plusieurs réunions et mise en application en janvier 2001, par la signature d’un contrat avec Jean-Christophe Moine, anthropologue et photographe. Celui-ci était alors chercheur associé à l’Institut d’Études Africaines (MMSH) et auteur photographe indépendant. Son intérêt porté à l’image et aux possibilités offertes par le multimédia, ainsi que sa sensibilité artistique, l’ont poussé à concevoir un Recueil où la dimension esthétique est très travaillée.  

Deux chercheurs ont accepté de se  prêter à l’expérience : Régis Bertrand et Jean-Pierre Bracco. Le premier, professeur d’histoire moderne à l’Université de Provence, conduit des recherches sur les pratiques religieuses et les attitudes devant la vie et la mort aux temps modernes et au début de l’époque contemporaine. Jean-Pierre Bracco, quant à lui, est maître de conférences en Préhistoire à l’Université de Provence et membre du Conseil de Laboratoire de l’ESEP (Économies, Sociétés et Environnements Préhistoriques, laboratoire rattaché à la MMSH).

 On aura donc compris qu’il s’agissait d’une expérience d’ordre qualitatif, et non quantitatif. En bref, l’idée du Recueil était la suivante : donner une valeur ajoutée à ces articles – celle du multimédia –, tout en impliquant les chercheurs dans les nouvelles formes d’écriture liées au Web. Loin de s’ériger en modèle pour l’édition électronique en SHS, le Recueil se voulait une expérimentation. Il s’agissait donc de faire revivre ces articles sur Internet, en montrant que l’outil multimédia pouvait transformer cette écriture primaire. En somme, la mise en place de ce Recueil devait répondre à plusieurs finalités :

Le but de cette expérience était d’abord de créer un lien entre édition papier et édition électronique, de montrer leurs complémentarités. Pour ce faire, il s’agissait de fabriquer des articles “fermés”, comme des Cd-roms, en explorant les potentialités offertes par le multimédia et selon un modèle de référence exploré par Robert Darnton.

Il s’agissait d’éviter le débat stérile entre ceux qui disent “aimer l’odeur du papier” et ceux qui affirment être pour le “tout numérique” afin d’aborder Internet comme outil pour les SHS.

Il fallait surtout impliquer le chercheur dans l’adoption des outils multimédias, en développant l’idée suivante : les auteurs-chercheurs doivent se doter d’habiletés indispensables permettant de connaître et d’exploiter les fonctionnalités offertes par le traitement électronique des textes et par l’édition électronique. Dans cette optique, les acteurs du Recueil ont souhaité créer, pour le chercheur, un plaisir d’écrire pour le Web, en construisant un bel objet d’écriture. Ces textes en ligne ont donc été réalisés sur mesure pour le chercheur et avec le chercheur. On y a ajouté, de plus, une plus-value esthétique.

On souhaitait dépasser les limites du livre en ajoutant au texte des outils issus du multimédia (iconographie, liens, vidéo…). Il s’agissait donc, en quelque sorte, de ressusciter un texte plutôt ancien, de lui offrir une nouvelle vie en proposant une mise en forme nouvelle.

Ces réflexions et objectifs ont conduit au souhait de réécrire le texte, afin de créer un autre article pour le Web, et de repenser entièrement ce qui accompagnait le texte – mise en page, illustration, cartographie, liens… Seule la deuxième idée a été mise en application : il a donc été décidé de ne pas changer le texte, dans un premier temps tout au moins, mais d’en modifier le contenant.

  En 2004, une collaboration avec l’Espace Culture Multimédia de la Friche la Belle de Mai a permis de poursuivre l’expérience. Un article de Laurence Américi, “Le dispensaire de la Mouche-Gerland” (Article extrait de l'ouvrage : Vincent Lemire et Stéphanie Samson (dir.), BARAQUES. L'album du Dispensaire La Mouche-Gerland 1929-1936, ENS Éditions (Lyon) / Éditions le Temps Qu'il Fait (Cognac), 2003, 96 pages), a été mis en ligne, cette fois en utilisant la technologie Flash.

Notes de bas de page :

1 Nous avons recueilli de nombreuses informations et réactions des acteurs du projet lors de l’inauguration du Recueil (Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme, 17 janvier 2002).

Pour citer cet article :

Zubillaga, Mayalen. "Une expérience originale : le Recueil d’articles électroniques". Imageson.org, 15 avril 2005 [En ligne]
http://www.imageson.org/document396.html
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