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Sonia Combe

Historique de la constitution d’un conservatoire de la mémoire non institutionnelle en Europe de l’Est : Quelques réflexions sur l’usage scientifique d’une pratique d’histoire orale

Résumé de l’intervention de Sonia Combe, conservatrice BDIC-MHC et chercheuse associée à l’ISP, CNRS-Université de Paris Ouest-Nanterre La Défense

Correspondant à 247 entretiens qui représentent 600 heures d’enregistrement, ce corpus constitué par le groupe de recherches « Mémoire grise à l’Est » a été déposé à la bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) où il est consultable au service audio-visuel (01 40 97 79 63). Son inventaire se trouve en ligne sur le site de la BDIC (www.bdic.fr), à la rubrique « annuaire des ressources », sous le titre « Mémoire grise à l’Est ». Sa numérisation est en cours (achèvement prévu fin 2008)

Le recours à l’histoire orale pour étudier les sociétés de type soviétique est parti du constat, fait par des chercheurs (sociologues, historiens, journalistes) spécialisés dans l’étude de ces sociétés, du décalage entre les discours savants occidentaux, le discours officiels des pays concernés et l’observation de ces sociétés. Contrairement à la thèse « totalitaire » selon laquelle il s’agissait de sociétés amorphes et dominées par la peur, mais contrairement aussi au discours sur un bilan « globalement positif » de l’expérience soviétique, on pouvait tout au long de la décennie qui précéda la chute du Mur saisir les signes et les manifestations d’une mémoire du passé qui n’était pas forcément non plus celle véhiculée par la contre-histoire officielle produite par les dissidents. L’idée de faire de l’histoire orale, par delà les difficultés matérielles dont bien des chercheurs et des journalistes se servirent comme alibi pour ne pas faire du terrain, procéda d’une nécessité davantage que d’un choix. Elle s’est inscrite dans un contexte d’irruption de la problématique de la mémoire, avec le thème fort de la commémoration (1989 fut aussi l’année du bicentenaire de la Révolution), de l’introduction progressive de l’histoire orale comme pratique et, enfin, de la libéralisation des sociétés est-européennes (Pologne, Hongrie, puis Union soviétique avec les débuts de la perestroïka).

L’exploitation de ce corpus peut cependant poser des problèmes à l’utilisateur futur.  Largement réalisés avant 1989, les entretiens – et leur notice descriptive dans le catalogue  - ne contiennent pas assez d’informations sur les conditions peu favorables, à défaut d’avoir été réellement dangereuses, de leur production. Les contraintes d’ordre techniques, dont on sait l’incidence possible sur le contenu, sont difficilement décelables. Sommairement présentés et indexés, les entretiens nécessitent souvent une écoute attentive pour comprendre le contexte de leur réalisation, avant 1989, ou bien dans l’immédiat post-communisme. Toutefois, vingt ans après la fin du monde soviétique, leur étude devrait permettre de mesurer l’importance de l’apport de l’histoire orale à une soviétologie embrigadée quant à elle dans des présupposés idéologiques aussi contre-productifs l’un que l’autre pour la connaissance de sociétés opaques.   

Pour citer cet article :

Combe, Sonia. "Historique de la constitution d’un conservatoire de la mémoire non institutionnelle en Europe de l’Est : Quelques réflexions sur l’usage scientifique d’une pratique d’histoire orale". Imageson.org, 8 octobre 2008 [En ligne]
http://www.imageson.org/document1040.html
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